Postures de Yoga

Bakasana : la Posture du Corbeau

Angélique Goguen 

Bakasana, la posture du corbeau, fait partie des positions d’animaux en yoga les plus difficiles à faire. Premier équilibre sur les mains que la plupart des pratiquants rencontrent, cette asana du hatha yoga et du vinyasa yoga représente un véritable défi de coordination entre force, équilibre et confiance en soi.

En sanskrit, le terme baka désigne la grue, tandis que kaka signifie corbeau. Les deux appellations, Bakasana et Kakasana, sont souvent utilisées de manière interchangeable, bien que des différences techniques subtiles les distinguent.

Quoi qu’il en soit, cette posture récompense la patience et la progression méthodique. Découvrez comment l’aborder étape par étape, quel que soit votre niveau.

Repère détail
Nom sanskrit Bakasana (baka = grue) / Kakasana (kaka = corbeau)
Niveau Intermédiaire (Kakasana) à avancé (Bakasana bras tendus)
Zones sollicitées Poignets, bras, abdominaux profonds, adducteurs
Qualité principale Équilibre sur les mains et transfert de poids
Contre-indications Douleurs aux poignets, hypertension, grossesse

Le défi de Bakasana : pourquoi cette posture intimide ?

La posture du corbeau est souvent perçue comme l’un des passages les plus impressionnants du yoga. Décoller les deux pieds du sol pour se tenir uniquement sur les mains demande un abandon du réflexe de sécurité ancré dans notre corps : la peur de tomber vers l’avant.

Vue de profil d'un oiseau sur un rocher, prêt à s'envoler.
Il faut reconnaître que pour un humain, mimer la position d’un corbeau est assez difficile !

Pourtant, Bakasana repose davantage sur le placement du centre de gravité que sur la force brute des bras. Selon une étude publiée dans le International Journal of Yoga (2017), les postures d’équilibre sur les mains activent principalement les muscles stabilisateurs profonds (transverse de l’abdomen, muscles du plancher pelvien) plutôt que les grands groupes musculaires des bras. Le défi est donc avant tout proprioceptif et mental.

C’est aussi ce qui rend cette asana si gratifiante. Réussir Bakasana, même quelques secondes, renforce la confiance en soi et le sentiment d’accomplissement. C’est un moment où le corps démontre qu’il est plus léger et plus capable qu’on ne le croit.

Vous bloquez sur Bakasana et aimeriez un regard extérieur ?

Un professeur de yoga peut identifier ce qui freine votre progression et adapter les exercices préparatoires à votre morphologie.

Prérequis et postures préparatoires pour Bakasana

Avant de tenter Bakasana, certaines fondations doivent être solides. Se lancer sans préparation expose à des tensions inutiles, notamment au niveau des poignets, et réduit les chances de réussite.

Échauffement des poignets

Les poignets supportent la totalité du poids du corps dans cette posture. Commencez chaque séance par des rotations douces dans les deux sens, puis placez les mains au sol, doigts vers l’avant, et balancez légèrement le poids d’avant en arrière pour préparer les articulations à la charge. Ce rituel de quelques minutes réduit sensiblement le risque de douleurs articulaires.

Postures préparatoires

Plusieurs asanas préparent le corps aux exigences spécifiques de Bakasana :

  • Malasana (posture de la guirlande) : ouvre les hanches et rapproche les genoux des bras, position de départ de Bakasana,
  • Phalakasana (planche) : renforce les bras, les poignets et les abdominaux en position de charge,
  • Navasana (posture du bateau) : active les abdominaux profonds et le psoas, indispensables pour maintenir les genoux en hauteur,
  • La posture du crocodile, Makarasana : relâche le bas du dos entre les tentatives.

Bon réflexe

Placez un coussin ou une couverture pliée devant vous lors de vos premières tentatives. Ce filet de sécurité élimine la peur de tomber vers l’avant et vous permet de vous concentrer pleinement sur le transfert de poids.

Bakasana, le guide technique complet

La posture du corbeau se décompose en quatre phases distinctes. Maîtrisez chacune avant de passer à la suivante : rien ne sert de se précipiter.

Phase 1 : activation du bassin

  • Accroupissez-vous, pieds et mains posés au sol à égale distance,
  • Écartez bien les doigts pour répartir la pression sur toute la paume,
  • Levez le bassin vers le ciel tout en gardant le regard dirigé loin devant vous.

Répétez cette phase plusieurs fois jusqu’à vous sentir stable et à l’aise. La direction du regard est déterminante : regarder droit devant (et non vers les pieds) empêche le corps de basculer vers l’arrière.

Phase 2 : contre-force bras-genoux

  • Fléchissez légèrement les coudes,
  • Placez les genoux à l’extérieur des bras, aussi haut que possible vers les aisselles,
  • Pressez les genoux contre les bras vers l’intérieur,
  • Simultanément, poussez les bras vers l’extérieur contre les genoux.

Cette contre-force crée la stabilité nécessaire. Sans elle, le corps glisse et l’équilibre devient impossible. Prenez le temps de sentir cette tension réciproque avant de poursuivre.

Phase 3 : transfert de poids

Depuis la position précédente, transférez progressivement le poids du corps vers les mains. La tête et les épaules avancent naturellement tandis que le bassin reste orienté vers le ciel. réduisez peu à peu la charge sur les orteils jusqu’à ce qu’ils effleurent à peine le sol.

L’activation du hasta bandha (verrou des mains) est indispensable à ce stade : repoussez activement le sol avec les paumes et les doigts pour éviter que les poignets ne s’affaissent sous le poids. Gardez le dos arrondi et les abdominaux engagés.

Phase 4 : envol

Lorsque la charge est suffisamment avancée, les orteils décollent naturellement du sol. Pointez les pieds et rapprochez les talons des fesses pour compacter le corps. Respirez calmement et profondément. Maintenez la posture aussi longtemps que le souffle reste confortable, même si ce n’est que quelques secondes au début.

Équilibre et muscles profonds

Selon l’INSERM (2022), les exercices de gainage dynamique, comme les équilibres sur les mains, stimulent le transverse de l’abdomen et les muscles du plancher pelvien avec une efficacité supérieure aux exercices de gainage statique classiques. Bakasana offre un renforcement profond qui bénéficie à l’ensemble de la posture quotidienne.

De Bakasana à Kakasana : comprendre les variantes

Les termes Bakasana et Kakasana désignent en réalité deux postures distinctes, bien que souvent confondues dans la pratique contemporaine.

Une pratiquante yogi effectue une posture de yoga assez complexe avec la tête et les mains posées sur le sol.
Si vous arrivez à bien faire Bakasana, poussez encore plus le corps vers le haut pour complexifier la pose !

Kakasana (posture du corbeau) se pratique avec les coudes pliés, les genoux appuyés à l’extérieur des bras. C’est la version la plus accessible, celle par laquelle commencer. Bakasana (posture de la grue), en revanche, demande de tendre progressivement les bras et d’élever davantage le bassin, ce qui exige une compression abdominale plus intense et un meilleur équilibre.

Bakasana latéral

Pour celles et ceux qui maîtrisent la version frontale, le corbeau latéral (Parsva Bakasana) propose un défi supplémentaire : basculer les hanches sur le côté pour poser les deux genoux sur un seul bras. Cette variante renforce les obliques et la coordination latérale.

Postures complémentaires

Après Bakasana, vous pouvez enchaîner avec des asanas qui soulagent les poignets et ouvrent le corps. La posture du cobra, Bhujangasana étire la face antérieure du corps, tandis que Matsyasana, la posture du poisson ouvre la poitrine et le cou. La posture de l’aigle, Garudasana offre quant à elle un travail d’équilibre debout qui complète harmonieusement la séance.

Les erreurs qui bloquent la progression sur Bakasana

Certaines erreurs récurrentes empêchent de progresser dans Bakasana, parfois pendant des semaines. Les identifier permet de les corriger et de débloquer la posture.

Regarder vers les pieds. C’est l’erreur la plus fréquente. Diriger le regard vers le bas déplace le centre de gravité vers l’arrière et rend le décollage des orteils impossible. Fixez un point au sol, environ 30 centimètres devant vos mains, et maintenez cette direction du regard tout au long de la posture.

S’affaisser sur les poignets. Concentrer tout le poids sur les poignets sans activer le hasta bandha provoque des douleurs et empêche de repousser le sol. Écartez bien les doigts, griffez légèrement le sol et maintenez une pression active sur toute la surface de la paume.

Ne pas engager les pieds après le décollage. Des pieds relâchés et pendants déséquilibrent la posture. Pointez les orteils et rapprochez activement les talons des fesses pour compacter le corps et stabiliser le centre de gravité.

Se précipiter entre les phases. La posture du corbeau se construit étape par étape. Sauter la phase de contre-force ou forcer le transfert de poids avant d’être stable conduit à des chutes. Ressentez chaque phase pleinement avant de poursuivre.

Équilibres sur les mains : protégez vos poignets

Les postures d’appui sur les mains sollicitent fortement les articulations des poignets et des épaules. Consultez un professionnel de santé si vous ressentez des douleurs persistantes ou si vous avez des antécédents de blessures articulaires. Ces informations sont à visée éducative et ne remplacent pas un avis médical.

Contre-indications de Bakasana

  • Douleurs aux poignets : arthrose, arthrite ou syndrome du canal carpien rendent la charge sur les mains risquée,
  • Hypertension artérielle : la position tête en bas augmente la pression sanguine dans le haut du corps,
  • Grossesse : la compression abdominale et le risque de chute la rendent inappropriée,
  • Blessures aux épaules ou aux coudes : la charge portée par les membres supérieurs aggrave les lésions existantes,
  • En cas de douleur : arrêtez immédiatement et consultez un professionnel.

Bakasana vous rappelle que la progression en yoga n’est pas linéaire. Certains jours la posture tiendra dix secondes, d’autres fois les orteils refuseront de décoller. C’est le processus lui-même qui construit votre force, votre équilibre et votre confiance. Soyez patient avec vous-même, écoutez vos sensations, et chaque tentative vous rapprochera de l’envol.

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